Eels : l’expérience unique
27 février 2008Il y a une semaine avait lieu le concert de Eels au Bataclan, concert auquel je me suis fait un plaisir d’assister évidemment. Pour ceux qui ne voient pas de qui je parle (les incultes…), sachez que Eels est un groupe absolument unique en son genre, incomparable, le genre de groupe sur lequel vous ne pouvez coller aucune étiquette.
Ce qu’il y a de bien avec Eels, c’est qu’on ne sait jamais trop à quoi s’attendre en concert. En effet, il n’y a pas un morceau joué en live qui ressemble à la version studio ! C’est une performance remarquable car on ne compte plus le nombre d’artistes qui jouent quasi-strictement la même chose que sur leur album.
Cette capacité à se réinventer est dût notamment à son leader “E”. Oui, “E”, pour Mark Oliver Everett. Ce jeune homme multi-instrumentiste est en réalité le coeur même du groupe voir parfois le seul membre. Car si au départ Eels est formé de 3 personnes dont “E”, la situation changera assez fréquement.
En fait, “E” compose non seulement la musique du groupe mais en assure l’essence même. Il est la source des plus subtiles extravagances du groupe et y assure une originalité sans faille.
Tout commence avec l’album “Beautiful Freak” et cette fameuse jaquette avec une photo de petite fille aux yeux démesurés. Image “choc”, si je puis dire, mais pas dénuée de sens pour autant, car ici “E” défend son côté marginal en employant cette métaphore d’une chose qui peut faire peur au premier abord car on ne la connait pas, mais qui peut finalement s’avérer d’une grande beauté (comme une petite fille par exemple).
A ce niveau-ci, l’histoire de “E” est très intéressante car elle explique clairement comment Eels est devenu le groupe qu’il est à l’heure actuelle et comment son identité s’est édifiée au fur et à mesure. En effet, suite à l’album “Beautiful Freak”, une serie de drames familiaux vont jouer durement sur le moral de “E”, et alors que le public s’attend à un album sensiblement très rock, le second opus “Electro-Shock Blues” va décevoir une large partie des fans notamment à cause de la dureté des textes. Mais de cette manière, Eels va s’assurer une liberté artistique synonyme d’authenticité.
La pochette est un simple dessin d’enfant (plutôt glauque si on pense que les 2 personnages sont montés au ciel) mais qui fait étrangement penser aux rares dessins réalisés par John Lennon, comme par exemple “Free as a bird”. Les deux dessins sont en effet simplistes, voir même naïfs, et se basent sur une pensée onirique pour le moins mélancolique. C’est curieux de faire se rapprochement et de constater que “E” et John Lennon sont tous les deux d’une inventivité folle et savent expliciter ce qu’ils ressentent de façon simple et épurée aussi bien à un niveau visuel que musical.
Par la suite sort l’album “Daisies of the Galaxy”. Plus “joyeux”, proposant une cover plus gaye que le précédent opus et toujours dans un cadre enfantin. A vrai dire, ces pochettes d’album et de singles auraient très bien pu faire l’objet de boites de bonbons vintage ! On sent que “E” a retrouvé goût à la vie et on se rend compte que, finalement, les différents albums du groupe sont profondément marqués par la personnalité de “E”.
L’album qui suivra est en totale rupture avec ce cadre infantile et puise plutôt son style chez les communistes :P. Cette volonté de toujours surprendre est caractérisitique de “E” et cela se ressent également au niveau look. Empruntant jusqu’alors un look plutôt jean-basket, il arbore à cette période une barbe de taliban (qui lui vaudra des réfléxions de la part du président lui-même, si si) des lunettes bien retro, un chien dans les bras, bref, un pauvre sdf quoi !
Suite à un nouvel album (”Shootenanny!”), il endossera un côté provocant en portant des lunettes à la Gallagher, ou encore, il se vêtira d’une combinaison de plombier/soldat en jouant avec des collègues lui ressemblant souvent comme 2 gouttes d’eau.
Bref ne cherchez pas un style à fixer, vous n’y arriverez pas ! D’autant que par la suite, “E” changera à nouveau la dynamique du groupe non seulement niveau look en affichant un costume bluesy, une barbe fidèle à Jim Morrison (last years), et en fumant des cigares, mais aussi en optant pour une tournée sans guitare éléctrique ni batterie (ou presque) mais avec violons et contrebasse. Ce changement corrobore la pochette de l’album “Blinking lights and others revelations” proposant une photo teintée/saturée d’une dominante violette et orange. Globalement, c’est pas à casser des noix, mais on se sent plus plongé dans un décor de rêve, attention, pas le rêve à la Walt Disney, mais comme l’expose si bien Eels, un moment simple de la vie, posé, et répenti.
Là où le groupe se rie des principes c’est en s’affichant au public en pyjama et chemises de nuit! (Oui oui, vous avez bien lu). Attitude peu commune, mais qui prouve une certaine sincérité surtout connaissant “E”. Et puis, pourquoi pas ? C’est vrai, qui n’a jamais rêvé de se balader en pyjama toute la journée en ayant la flemme de se changer et … (mince je suis démasqué :/).
Voici 2 vidéos qui vous permettront de visualiser cette manie de culbuter les styles:
Si vous désirez écouter plus, rendez-vous sur deezer, cela vous donnera un ordre d’idée plus global sur le vaste champ musical que recouvre the Eels.
Comme on peut le voir, Eels évolue ainsi sur tous les registres pop-rock et reste en vol grâce à son leader au souffle baudelairien. On comprend alors pourquoi le groupe reste discret et garde un parc assez restreint d’admirateurs. Eels s’assume complètement et se veut honnête envers son public et conservant une identité inclassable. Mélancolique, provocateur, nostalgique, innovant, … autant d’adjectifs qui ne sauraient être exhaustif de Eels. Le groupe séduit par son insipiration débordante et sa capacité à explorer des terrains ma foi peu coutumiers.Cette image si singulière que “E” a construit pour Eels tout au long de ces années forge le succès même du groupe, un grand travail d’orfèvre. Je vous invite à jeter un oeil sur le site officiel du groupe même si celui-ci est moche et ne mérite aucun commentaire de ma part (ça casserait le mythe vous comprenez :P). Mais bon, pour finir sur une touche plus enjouée, let’s play music :










